8 sur 10 ! Oui, c'était bien là tout le problème. Bien sûr, il tenait à elle, il avait des sentiments. Près de 10 ans ensemble, ce n'était pas rien, tout de même. Mais les chiffres sont les chiffres, et on ne peut rien contre ça. Et plus le temps passait, plus il lui semblait qu'à cause de ces chiffres qui lentement s'amoncelaient, elle lui devait quelque chose, que la balance penchait toujours dans le même sens, que cela avait trop duré. C'est vrai, une petite différence (bien qu'elle ne fût pas si petite), sur un jour ne pesait pas bien lourd, on l'oubliait vite, mais sur 10 ans! Quelque part, il lui faisait ainsi un don qui devenait colossal. Au début, il l'avait fait par amour. Et n'était-ce donc pas justement la preuve de la grandeur de celui-ci? En dépit de la différence qui aurait dû les séparer, il avait continué à ses côtés. Il lui avait fièrement montré, à elle, mais à la société aussi, comme ses sentiments étaient vrais, étaient nobles, d'une pureté presque métaphysique. Car enfin, aimer quelqu'un de mieux que soi, est naturel; quelqu'un d'égal à soi-même, c'est raisonnable, un peu étriqué comme conception, mais raisonnable; mais là non, chaque jour était un cadeau, un élan vers elle, même s'il ne faisait rien de concret, du simple fait d'être là, de vouloir être son compagnon puisque naturellement ils n'auraient pas été faits l'un pour l'autre, il affirmait ses sentiments. Leur vie à deux était par soi-même une démonstration. Cet amour, inévitablement se levait au-dessus du commun des mortels, des gagne-petits du cœur, qui ne veulent jamais que chaussure à leur pied, voire même un peu plus, si c'est possible, de ces calculs vénaux. Romantique, mon cul ! Mercantiles, oui... La révolution des mœurs, ça le faisait bien rire! Avant on n'épousait que pour l'argent, la situation, maintenant c'était pour tout un package nauséabond. La situation et le galbe des fesses, le sourire Gibs et le bon cuisinier. Quelle que fût la discipline, c'était comme une série de notes attribuées. On faisait une note globale. On la comparait avec la sienne et on voyait si le marché en valait la peine.
Et bien pas lui ! Il avait d'ailleurs bien étonné les copains, lui qui semblait emballer si facilement, qui souvent brillait par son esprit. L'argent n'avait pas été son fort au début, mais il promettait cependant des rentrées exponentielles à celle qui aurait jeté son dévolu (et le reste de ce qu'elle avait sur elle, là le premier soir). Elle aurait, pour sûr, misé sur le bon cheval. Il avait pris tout le monde de court lorsqu'il avait choisi Sophie.
to be continued