Plein de souvenirs à la fois. "Il faut être fou, il faut être imprudent. Il faut se tromper, on est infirme autrement." sur les murs de la chambre de ma grande sœur. Ce serait Brel qui aurait dit cela. Cela lui ressemble bien en tout cas.
Je ressens comme une urgence, comme une obligation. Je manque d'air vraiment, presque la respiration coupée. Mon monde est trop petit, ma vie est étriquée. Oui, rien de bien fameux, ma foi. Juste que jusqu'ici, j'ai l'impression que j'ai accepté, par une vague peur de l'échec. Ne pas agir, de peur de perdre, de peur d'être face à moi, et de ne pas m'aimer. Une paresse aussi...
Mais basta, aujourd'hui je ne puis plus ! (ou est-ce encore un mensonge romanesque, je me donne des grand airs et, comme un flan, je me dégonflerai bien vite? Les mots ont-ils un pouvoir créateur ? Je veux dire auto-créateur. Est-ce qu'affirmant ce qu'on est, on peut le devenir ? Les mots ne sont pourtant que l'écorce du fruit, les flammes, au mieux, mais pas le feu, pas le combustible lui-même. Mais ils peuvent retenir ce feu, l'entretenir aussi, faire rougeoyer la flamme, la conscience, l'esprit ou la rage! C'est le vecteur qui permet à la maladie de conserver son souffle, de s'approfondir.
Alors, en alignant les mots, vais-je sortir de moi-même, ou m'engoncer dans une autre routine, qui n'aurait que le semblant, la patine, d'une quelconque profondeur ?
Vais-je être pris moi-même par le fil, en découdre avec lui, et me rencontrer, ou, mieux, m'écrire, tracer un chemin, et parallèlement me défaire de moi-même, de cette fausse identité? Et c'est pourquoi le cri, le besoin chaque jour plus pressant d'agir, de faire, par les mots, parce que quelque chose en moi crie à la trahison, ne veut pas plier l'échine, se taire, ne peut plus...
On ne peut pas s'abandonner à la vie à un tel point que l'on renonce. Si l'on est pas Don Quichotte, on est personne. Il faut assumer notre conscience ou mourir ruminants. Et assumer sa conscience, c'est marcher, faire son chemin, de croix ou de jubilation, et certainement les deux à la fois. Mais peut-être là la souffrance n'est plus la même, parce que la souffrance la plus insidieuse, c'est de ne plus avoir la force.
Ou alors, au contraire, accepter le renoncement.
Mais je crois que là aussi, il y a quelque chose, une raison, une vérité, une évidence: c'est la raison pour laquelle je suis prêt, parce que je renonce à être "quelqu'un". C'est le renoncement du confort, d'un rôle socialement pépère et rassurant.
Aller à la rencontre de soi-même, c'est accepter de n'être plus soi. Aller vers l'autre du "je". Ne pas se retourner.
Ou bien tout est plus simple. Le plaisir de voir les lettres se suivre avec vitesse et légèreté. Volupté d'écrire. Un plaisir animal et enfantin. Et cet enfant dira ce que bon lui semble, et merde, et vlan, et boule et roule-tambour, et tam-tam qui n'a plus rien à voir, désordre absolu, jubilation. Délectation, jouvence,...
Là s'arrête aujourd'hui la voix/voie. Je dresse la tente et marque le camp. Au milieu de la forêt des mots. Je sais que tapi dans l'ombre, le plus sombre, le nœud de la forêt, l'endroit le plus mystérieux et le plus effrayant, c'est moi-même.
Et puis vous. Vous êtes en moi. Et mon Dieu comme c'est triste, parce qu'en moi, vous me jugez. J'ai jugé déjà que vous me jugeriez, et l'élan est coupé. Hors, vous êtes aussi le mystère, l'intérêt. Quel est le sens de ce désert d'être au monde, s'il n'y avait pas les fruits sucrés de la rencontre. Amers parfois aussi, mais le noyau du goût, le sel des choses. Recroquevillé en nous.
Le camp donc jusqu'à demain, ou plus, ou quand le courant se remet à pousser mon corps et mes doigts, et mon être vers l'écriture.
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